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Filière cuir : Weston, entre tradition, innovation et relocalisation

Temps de lecture 4 minutes

Dernière grande manufacture de chaussures du bassin limougeaud, Weston fait vivre un savoir-faire d’exception et le porte à l’international. Soutenue par la Région, l’entreprise se réinvente à travers la seconde main et l’innovation.

Publié le Mardi 31 mars 2026
  • Entreprise

Mocassin 180. C’est le nom du modèle emblématique de la Manufacture Weston. Pourquoi 180 ? Pour le nombre de prises en main, d’étapes au cours desquelles des mains expertes ajoutent de la valeur à chaque paire de chaussures. 
"Certains modèles nécessitent un peu moins d’étapes, d’autres davantage. On monte jusqu’à 220 pour les modèles complexes", explique Gaël Cœuret, directeur de la manufacture et de la toute proche tannerie Bastin. 

Dans les ateliers, des machines hors d’âge – qui peuvent avoir plusieurs fois celui de leurs utilisateurs – côtoient un outillage très contemporain. "Certaines machines remontent aux origines de la Maison Weston [créée en 1891]. Elles ne contiennent pas d’électronique, tout se répare ! En revanche, les machines de découpe du cuir sont des équipements récents. Elles permettent d’optimiser la découpe pour limiter le gaspillage."

Fabriquer en France et développer les savoir-faire

Accompagnée dans une démarche de performance globale par le dispositif régional Usine du Futur, Weston a consolidé sa vision stratégique : "Les différents audits, énergétiques et organisationnels notamment, ont été l’occasion de mener une réflexion de fond", poursuit Gaël Cœuret avant de recontextualiser la trajectoire de l’entreprise dans un secteur fragilisé depuis les années 1990. "Entre les deux guerres, le bassin limougeaud comptait environ 20 000 emplois dans le secteur de la chaussure. Aujourd’hui, nous sommes les derniers avec 200 salariés sur place, dont une majorité d’artisans, sur un total de 450 en France et dans le monde." 

Érosion de l’emploi, disparition de savoir-faire artisanaux… les délocalisations massives vers les pays à bas coûts ont fortement affecté le marché français de la chaussure. Pas la détermination de Weston. "La volonté du groupe a toujours été de fabriquer en France. C'est une stratégie qui a un prix, mais elle est assumée. Nous fabriquons avec des cuirs français et des partenaires locaux, et, via la formation, nous cherchons à ramener des savoir-faire qui se sont perdus au fil des délocalisations." 
Sur le plan commercial en revanche, Weston est résolument tournée vers le reste du monde : une quarantaine de boutiques en propre, dont 16 au Japon, son principal marché hors Europe, des magasins à Genève, Casablanca, Beyrouth…

Seconde main et recherche & développement

Parmi ses axes de diversification, le programme de seconde main Weston Vintage qui permet à l'entreprise de reprendre les paires usagées et de les démonter pour les refaire entièrement ; la fabrication de baskets et de pantoufles, deux marchés porteurs ; la collaboration avec des partenaires tels le Japonais sacai pour des modèles inédits… 

"Depuis cette année, nous chaussons également la garde princière de Monaco", annonce Gaël Cœuret. S’il ne représente qu’une trentaine de paires (sur mesure), ce débouché a son importance en termes d’image. Tout comme les 500 paires des cavaliers de la Garde républicaine, chaussés par Weston depuis 1975. 

Côté recherche & développement, Weston participe également à un projet associant les compétences d’autres structures régionales : le procédé de tri du CETIA (Hendaye, 64) et la technologie de colle démontable de Rescoll (Pessac, 33). Objectif : créer une gamme pilote de chaussures démontables et réutilisables dès leur conception. Soutenue par la Région Nouvelle-Aquitaine, cette démarche contribue à structurer une filière de revalorisation durable de la chaussure.

Approvisionnement et formation : un solide réseau de partenaires

Membre du cluster Reso Cuir, Weston s'engage en amont de sa production en participant au dispositif Filière Excellence Cuir Nouvelle-Aquitaine
L’enjeu : mieux rémunérer les agriculteurs pour la qualité de leurs peaux de veau. Permettant l’obtention d’une prime, l’excellence du cuir va ainsi de pair avec celle de l’élevage. 

Côté formation, les savoir-faire traditionnels étant peu enseignés, Weston en assure directement la transmission auprès de ses nouveaux salariés. "Nous recrutons en permanence, précise Gaël Cœuret. Sur la base de l’expérience quand c’est possible, ou sur la base de la motivation." L’entreprise a d’ailleurs contribué à la création d’un CAP piquage maroquinerie au Lycée Le Mas Jambost de Limoges. Ce programme d’alternance est encadré par des formatrices expérimentées issues de ses ateliers, assurant ainsi la pérennité des gestes artisanaux qui font la renommée de la manufacture.