Interview de Vincent Bretagnolle
directeur de recherche au CNRS
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Qu’est-ce qui fait la particularité de vos recherches ?
Vincent Bretagnolle :La Zone Atelier Plaine & Val de Sèvre est une plaine céréalière, au sud de Niort, qui s’étend autour de l’Unité CNRS de Chizé. Il s’agit d’une plateforme de recherche à ciel ouvert qui s’inscrit dans le long terme. Nous y menons des expérimentations, réalisées par les agriculteurs eux-mêmes, qui en sont donc bénéficiaires et témoins des résultats obtenus. Il s’agit de recherches réalisées en conditions réelles, auxquelles nous avons associé aussi les citoyens. Notre recherche porte fondamentalement sur deux points complémentaires : la réduction des pesticides est-elle possible, et quel est le rôle de la biodiversité et des solutions fondées sur la nature dans ce défi ?
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Quels résultats majeurs avez-vous enregistrés à ce jour ?
Vincent Bretagnolle :Plusieurs expérimentations ont été effectuées. L’une d’elles a montré sur un cycle complet de culture du blé (1 an) que la réduction d’herbicides et d’engrais azotés de 30 voire 50 % (dans les cas extrêmes) n’a pas d’effet statistique sur les rendements. Des résultats confirmés ensuite par des études plus longues sur le blé, le colza, le maïs et le tournesol. Moins d’intrants, c’est bien pour l’environnement, mais aussi pour l’agriculteur, dont les revenus augmentent, puisqu’il économise en produits phytosanitaires et en gasoil. Le gain peut atteindre 160 euros l’hectare, ce qui est parlant pour la profession. Nous avons également démontré dans une autre expérimentation que la présence d’insectes pollinisateurs – les abeilles principalement – se traduisait par une augmentation de la production d’une parcelle de colza de 30 %…
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Ces résultats ont-ils incité les agriculteurs concernés à changer leurs pratiques ?
Vincent Bretagnolle :Non, et c’est tout le paradoxe de nos travaux, qui ont montré aussi des freins profonds au changement. Voilà pourquoi nous travaillons dorénavant sur les composantes sociologiques du changement pour comprendre, analyser et lever si possible « l’aversion au risque » des agriculteurs. L’agrochimie a été perçue pendant quarante ans comme une assurance tous risques. Il ne suffira pas de prouver noir sur blanc que la transition agricole est possible et bénéfique pour la réussir. Il faudra aussi accompagner culturellement et socialement les agriculteurs et les consommateurs dans cette mutation, qui peut inquiéter et déstabiliser.