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Terres d’accueil : jeunes agriculteurs testez vos idées

Temps de lecture 3 minutes
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Depuis 2016, un dispositif permet aux jeunes agriculteurs de tester leurs idées. L’objectif : attirer de nouvelles familles et assurer le succès de leur installation.

Publié le Lundi 24 février 2020

«L’accès à la terre est une difficulté majeure. Il nous fallait un nouvel outil pour répondre à cet enjeu », avance Jean-Jacques Catrain, le maire d’Alloue. Ce village de 500 habitants, situé dans le nord de la Charente, porte depuis 2016 un projet collectif baptisé Terres en chemin, à destination des jeunes agriculteurs. L’idée ? Mettre à leur disposition des terres en location pour tester leur modèle avant d’envisager une installation définitive. « Quand la terre se libère suite à un départ à la retraite, elle sert plus facilement à l’agrandissement d’autres exploitations existantes qu’à la transmission », regrette l’élu allousien, qui a vu le nombre de fermes divisé par trois en dix ans. Pour pallier ce phénomène et attirer de nouvelles populations en milieu rural, syndicats agricoles, collectivités, associations et citoyens ont ainsi imaginé une structure capable de faire le lien entre retraités et jeunes agriculteurs, qu’ils soient issus du monde agricole ou engagés dans une reconversion professionnelle.

Limiter les freins

Après deux ans de réflexion, ils ont opté pour la création d’une société coopérative d’intérêt collectif, une SCIC. « Les agriculteurs partis à la retraite louent leurs terres à la SCIC qui les met ensuite à disposition des jeunes. L’objectif est qu’ils évitent de s’embarquer dans des projets mal ficelés, avec des modèles économiques aléatoires », insiste Christian Leduque, l’un des cogérants de la SCIC Terres en chemin. Ancien paysan, il loue lui-même une partie de ses terres à la SCIC qui dispose désormais de 50 hectares. « Ces terres doivent servir à l’expérimentation et limiter les freins que rencontre la profession : son manque d’attractivité, l’accès au foncier et la nécessité de se former », détaille-t-il. Jenny Lhoir et David Main ont été les premiers à bénéficier de l’appui de Terres en chemin après avoir essuyé plusieurs revers. « Trouver des terres, ça n’est pas facile », confirme la jeune femme, graphiste de métier.

Des terres vouées à l'agrandissement et non à la transmission, se sont des familles et des emplois en moins.
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La SCIC leur loue aujourd’hui 12 hectares pour tester leur projet : « L’objectif, c’est d’élever en bio 3 500 canards maigres à l’année et d’ouvrir un laboratoire pour les transformer sur place et mieux valoriser le produit. » Pour Jenny Lhoir, la formule de Terres en chemin représente un véritable coup de pouce : « Nous avons pu acheter une maison, nous avons été super bien accueillis et aidés. Il faut encourager d’autres structures à copier ce modèle. » Jean-Jacques Catrain confirme que d’autres collectivités françaises se montrent intéressées par ce projet. « Des terres vouées à l’agrandissement et non à la transmission, ce sont des familles et des emplois en moins », rappelle l’élu qui souhaite comme Christian Leduque mettre l’accent sur l’élevage – notamment ovin – pour coller à l’histoire de ce territoire. Afin de pérenniser ce projet, la Région Nouvelle-Aquitaine a décidé de soutenir la SCIC Terres en chemin,lauréate de l’appel à manifestation d’intérêt Innovation sociale, à hauteur de 20 000 euros. « Pour ces jeunes en quête d’expérience, il n’existait rien. Il y avait un trou dans la raquette, résume Christian Leduque. La SCIC est une réponse humaine au défi de l’installation. »