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Actualité

Recyclamer, l’aspirateur des mers

Temps de lecture 6 minutes

Recyclamer, une start-up de Saint-Junien (Haute-Vienne) vient de concevoir un robot aspirateur solaire pour s’attaquer à la pollution des mers.

Publié le Mercredi 29 janvier 2020
  • #Économie territoriale
  • #Start-up
  • #Environnement
  • #Collectivité territoriale
  • #Université, Enseignement supérieur, Recherche

Une nouvelle ère de la dépollution

Depuis quelques mois, un étrange engin a fait son apparition dans les ports et les salons nautiques. Entre drone, bateau téléguidé et aspirateur avale-tout, le « geneseas », c’est son nom, intrigue et fait parler de lui. Les chefs d’Etat ont fait sa découverte au G7 de Biarritz en août dernier, tout comme les spectateurs de France TV sur France 3 et France 2, et bientôt d'Ushuaia TV. La société qui le porte, Recyclamer, vient d'être labellisée par Solar Impulse, la fondation de Bertrand Piccard qui a pu le tester en opération. C'est que ce petit robot inaugure une nouvelle ère de la dépollution.

Alan d’Alfonso Peral porte bien sa carrure de 2e ligne qu’il entretient à l’AS Saint-Junien. A 37 ans, il fait figure d’ancien. « Je suis le plus vieux de l’équipe mais je transmets et je me fais plaisir » dit-il avec un bel accent argentin. L’ancien Pumitas (la sélection nationale argentine des moins de 20 ans) a joué un peu partout avec son équipe, puis dans différents clubs français. Le sport l’a profondément façonné, un peu à l’ancienne. Il croit en une certaine éthique, aux valeurs d’engagement, de respect mutuel et d’effort collectif récompensé. C’est avec cette énergie qu’il porte le projet de Recyclamer.

Passionné de voile et sensible à la pollution des ports qu’il fréquente, il fonde avec quelques amis une association de dépollution. Ensembles, ils plongent dans les ports espagnols pour ramener à la surface les déchets les plus divers qu’on trouve dans tous les ports de la planète et sensibiliser ceux qui les utilisent. Au fil des plongées, vient l’idée d’une machine qui collecterait tous ces déchets. « Aujourd’hui, dans les ports, il y a une barque avec une épuisette et deux personnes qui ramènent les déchets de surface. Le résultat n’est pas très probant » résume-t-il. « Avec l’expérience de l’association, on a pu créer un cahier des charges complet pour notre robot. » Car l’enjeu, ce sont les déchets immergés. « Dans le monde, on produit chaque année 493 milliards de bouteilles d’eau plastique dont la plupart sont jetées au bout de quelques minutes d’utilisation !  75% des déchets finissent au fond de la mer, 24% sur les plages et seulement 1% en surface ! » Cela suffit tout de même pour avoir créé ce 7e continent de la taille de la France auquel Alan et d’autres rêvent de s’attaquer dans les années à venir.

Un robot unique

Le robot Recylamer © Recyclamer

Très vite, le robot prend forme et Recyclamer se transforme en un projet de start-up innovant qui multiplie les partenariats. La conception commence à l’incubateur technologique à Guéret (Creuse), se poursuit avec les labos de l’université de Limoges, son école d’ingénieur et différentes entreprises locales. Le 14 juillet 2018, l’association se transforme en société. La production a débuté dans les locaux, tout justes aménagés, d’une ancienne tannerie sur les bords de la Vienne à Saint-Junien. Un partenariat a été passé avec le port de La Rochelle. On peut aujourd'hui y voir le Geneseas évoluer dans la marina. Et l'entreprise se sert de ce showroom grandeur nature pour les salons (virtuels) auxquels elle participe.

« Nous avons réussi à créer un robot unique » se félicite Alan.  Il est entièrement piloté par un smartphone, autonome 24h/24 grâce aux panneaux solaires et peut naviguer dans tous les sens. Sur une vidéo, on voit le petit engin manœuvrer à son aise entre les yachts du port de Monaco. Le Geneseas est capable de récolter les hydrocarbures et mesure en temps réel la qualité de l’eau. Et le panier qui récolte les déchets est constitué de 60% de plastiques recyclés. « Nous avons déposé deux brevets sur le robot : le système de pilotage qui permet de faire marche arrière et le filtre végétal, une pépite au niveau mondial. Il est conçu à 100% à Saint-Junien. » Les tests sur l’eau qu’effectue le robot permettent, par exemple, d’établir des cartes de pollution dans les ports pour en connaitre l’origine. Un de ses développements possibles intéresse particulièrement EDF, un des partenaires historiques de la start-up. En détectant les chlorophylles alpha, le robot permet aussi de prévoir le développement des cyanobactéries dans les plans d’eau…et donc dans les retenues des barrages hydrauliques.

Récupérer les déchets en pleine mer

Le prototype de la taille supérieure devra, quant à lui, être réalisé dans l’année à venir. Un million a déjà été investi pour le développer. « On cherche encore des partenaires pour le développement de la part navale. » Ce nouveau modèle comportera une part important d’intelligence artificielle grâce à l’université de Bordeaux. « Il apprendra à reconnaître les déchets, les chercher, à reconnaître le parcours ou encore éviter des bateaux en mouvement. »

Puis, Recyclamer ambitionne de concevoir une taille L, voire XL, complètement autonomes. « Par exemple, lors d’une marée noire, après avoir délimité un périmètre. Cinq ou six Recyclamers pourront travailler en autonomie jusqu’à ce qu’ils soient remplis. Un navire pourrait alors récupérer les déchets en pleine mer. »  L’idée de la société est de financer les tailles supérieures avec le déploiement des Recyclamers de taille intermédiaire dans les ports de la planète.

A côté de ses développements futurs, la start-up atypique poursuit son activité associative de sensibilisation. Alan délivre régulièrement des permis de pilotage du robot aux écoliers, rappelant que « c’est avec eux qu’on pourra gagner la partie. »

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