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En investissant dans un nouveau procédé, l’entreprise cognaçaise ambitionne d’atteindre 95% de verre recyclé. Elle est un des leaders du marché français de l’économie circulaire du verre.
Une usine automatisée
Des montagnes de verre entourent l’usine toute noire, couverte de tuyaux façon Beaubourg. Un tintement cristallin frappe l’oreille derrière le bruit assourdissant des machines. La présence humaine est discrète sur le site. Seize personnes seulement travaillent dans les trois hectares et demi de l’usine Everglass de Chateaubernard.
Ici, un tractopelle récupère le calcin qui tombe en pluie du tapis roulant. Cette matière première issue du recyclage partira alimenter une usine voisine du même groupe industriel pour produire bouteilles de Bordeaux et de Cognac, bouteilles de bières des brasseries locales, d’huile ou pots alimentaires. De l’autre côté de l’usine, le même godet charge des bouteilles issues de la collecte de tri. Entre les deux, l’usine fait son œuvre.
L’entreprise de Chateaubernard a été créée en 1985. Le recyclage du verre, décidé en 1980, se mettait en place en France. « A l’époque, le tri se faisait à la main » rappelle Didier Otrzonsek, directeur technique des deux sites d’Everglass en France. Les conditions de travail étaient particulièrement pénibles. Systèmes optiques et électrovannes ont allégé la main d’œuvre.
Cribler, trier pour recycler
Au cœur de l’usine, l’enjeu est de séparer le bon grain de l’ivraie. Dans ce que livrent les bacs de recyclage, « il y a de tout : du plastique, des matières organiques, des choses inavouables aussi » explique Didier Otrzonsek. C’est la simple gravité qui va permettre un premier tri. « Ce qui est lourd tombe plus vite ». Papier et plastiques sont éliminés. Puis des aimants retirent les métaux ferreux, des champs magnétiques les métaux non-ferreux. Tous seront valorisés. De tapis roulants en cribleuses, les machines agitent toute cette matière comme le ferait un orpailleur pour dénicher une pépite. La matière s’affine. Au fur et à mesure de leur progression, les morceaux de verre sont réduits en taille. Le tintement bruyant des débuts devient plus aigu et se fait cristallin.
Mais l’ennemi, ce sont les infusibles. Se glissant au milieu du verre, porcelaine, céramique ou vitrocéramique, ces matériaux qui fondent tous à plus de 1500°C peuvent dénaturer le calcin. Ces infusibles (littéralement, « qui ne fond pas ») sont la hantise des recycleurs. Pour que le calcin soit utilisable par un verrier, il doit contenir moins de 30g d’impuretés à la tonne. La dernière opération est la plus fine : quatorze machines à tri optique différencient les petits morceaux de verre qui se précipitent à une vitesse folle sur les tapis. Les matières inexploitables sont englouties. Seul reste le verre qui pourra être fondu et réutilisé.
Un nouveau procédé
Mais les plus petits des morceaux de verre échappent encore au tri. Les machines dont est équipé le site ne permettent pas de trier le verre en dessous de 5 millimètres. Alors, depuis des années, tous les petits éclats entre 0 et 4 mm sont patiemment stockés en attendant le jour où ils pourront être eux aussi débarrassés de leurs impuretés. Face à l’usine, ils constituent une petite montagne d’une trentaine de mètres dont la taille augmente régulièrement. La solution est venue d’une des six usines européennes du groupe, en Italie. De nouvelles technologies de lavage, séchage et broyage de ces petits résidus vont permettre de les trier pour obtenir un sable de verre propre à la réutilisation par des verriers. Les tests effectués à l’usine de Cognac se sont révélés concluants. Everglass a décidé de s’équiper d’une nouvelle ligne de tri. La petite montagne est appelée à bientôt disparaître.
L’entreprise investit 3,8 millions d’euros dans son nouvel équipement. La Région aide cet investissement à hauteur de 380 000€. « Nous allons créer deux postes dès cette année et employer jusqu’à quatre personnes supplémentaires » précise Xavier Volt directeur général. La nouvelle unité devrait être opérationnelle en octobre.
Everglass en chiffres
- Le site de Chateaubernard a traité 265 000 tonnes de calcin en 2017.
- Les usines de Everglass (Chateaubernard et de Rozet-Saint-Albin) recyclent 25% du verre collecté en France.
- En 2019, le taux de recyclage du verre par l’usine atteindra les 95%.
- La nouvelle station de traitement va permettre de traiter 17000 tonnes de verre brut supplémentaire, soit 30 millions de bouteilles fabriquées.
- Une tonne de calcin permet d’économiser 1,2 tonne de sable et autres matériaux non-renouvelables (calcaire, carbonate de soude).